Moyen-Orient

Dimanche 21 juin 2009

Excusez-moi de l'orthographe du mot Ahmadinedschad, mais c'est ainsi que les Allemands l'écrivent et je ne maîtrise pas le Farsi (les Iraniens ne parlant pas l'Arabe!).

Aujourd'hui, dans un discours enflammé, le discours du nouveau président iranien était remarquable: il a déclaré que les manifestations dans la rue étaient orchestrées par les USA, tous ses opposants habituels, mais aussi par le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne (comme on peut lire sur ZDF).
Même si c'est faux, c'est une bonne nouvelle à mon avis: si la France et l'Allemagne sont considérés comme des ennemis comme ayant de l'influence en Iran (qui échapperait au contrôle central), Berlin peut s'estimer heureux. Cela signifie que Téhéran considère que pour gagner en stabilité, elle doit également trouver un arrangement avec les Allemands. L'Allemagne est devenue un acteur important dans le Moyen-Orient.

C'est exactement ce que voulaient les Allemands depuis des années. Ils l'ont voulu, ils l'ont eu.

Victor Fèvre
Par Victor Fèvre
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Mardi 10 février 2009

Voilà que je me penche sur l'ouvrage essentiel de Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, "Seven Pillars of Wisdom".

Écrit au lendemain de la 1ère guerre Mondiale, il explique pourtant déjà les principes de la guerre contre-insurrectionnelle: voici deux citations très intéressantes:

- "war upon rebellion [is] messy and slow, like eating soup with a knife" (Book III, Chapter XXXIII, Elements of Revolt)

Les phrases qui précèdent expliquent comme quoi les Turcs et les Allemands ne comprenaient pas la dimension d'une insurrection, et faisaient l'analogie avec une guerre conventionnelle, "absolue" (il faut voir qu'en même temps, la guerre "absolue" régnait en Europe).
D'ailleurs, le Lt-Col NAGL de l'armée américaine a écrit un ouvrage excellent sur la guerre COIN (comparatif des guerres en Malaisie et au Vietnam), intitulé "Learning to Eat Soup With a Knife", allusion à cette citation.


- "all flanks and no front" (Book III, Chapter XXXVIII, Great Difficulties)

Traditionnellement, une armée se concentre sur un front, où elle est en contact avec l'ennemi. Les flancs sont vulnérables, mais l'ennemi n'y est pas attendu.
Mais JDM a bien noté ici comme quoi aujourd'hui, la notion de front a disparu sur les TOE. Mais c'est le cas pour toutes les guerre anti-insurrectionnelles.
Et pour Lawrence d'Arabie, les Turcs voulant occuper du territoire, par "réflexe impérial", s'exposaient en fait à des frappes pouvant venir de tous les côtés. Le front avait disparu, mais les Turcs exposaient partout leur flancs.

Quel est le rapport avec la sphère germanophone? C'était l'Empire allemand, allié de l'Empire ottoman, qui conseillait les Turcs et équippait leur armée. Lawrence d'Arabie se battait donc aussi contre l'Allemagne.
Sur ce, il ne me reste qu'à indiquer le site de Stéphane Taillat, spécialiste de COIN: http://coinenirak.wordpress.com/

Victor Fèvre
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Dimanche 11 janvier 2009

La visite hier en Égypte de Frank-Walter Steinmeier a été intéressante. C'était une entrevue finalement assez technique, pour mieux contrôler la frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte: empêcher le flux d'armes (surtout sous-terrain!), tout en laissant passer les secours humanitaires. Mais il ne s'agit toujours que d'un plan, d'une proposition...

Et aujourd'hui, la conférence de presse avec son homologue israélienne Livni est remarquable. Dans le discours officiel, l'Allemagne continue de soutenir Israel, même si elle souhaite un cessez-le feu, pour raison humanitaire évidemment. Toute la communauté internationale ne devrait pas laisser Israel seul, comme l'a dit Steinmeier aujourd'hui. Le pilonnage quotidien par le Hamas est inacceptable (voir ici, hélas, pas de discours disponible en entier).

Le gouvernement allemand reste donc résolument pro-israélien. C'était aussi un alignement sur la position américaine (à tous les cyniques, si les USA n'étaient motivés en Irak que pour le pétrole, ils ne soutiendraient jamais autant Israel, car c'est contraire à leurs intérêts économiques dans tout le Moyen-Orient).

Et c'est d'autant plus intéressant que les journalistes allemands font tout pour présenter Israel comme un agresseur (c'est assez vrai aussi en France: plus on est à droite, plus on soutient Israel, plus on est à gauche, plus on soutient les Palestiniens - n'en déplaise à la politique francaise traditionnellement plutôt pro-arabe). Mais, mais peut-être pour créer un contraste entre ce qu'ils présentent et ce que "pense le peuple", il n'est question dans les médias que de manifestations en faveur d'Israel (alors qu'en France, on parle plutôt des manifestations pro-Palestine).

(1) le gouvernement allemand reste très pro-Israel. Peut-être qu'elle va devoir changer de position le 20 janvier prochain, avec l'arrivée de Barack Obama? Mais je ne crois pas que ce dernier va modifier la politique américaine - et Hillary Clinton, sénatrice de New York, est maintenant plutôt pro-israélienne.

(2) l'opinion publique allemande reste également très en faveur d'Israel. Le groupe socio-culturel qui l'est le moins sont les journalistes (voir par exemple ici).

(3) Steinmeier rentre en Allemagne. Pas d'immense succès, mais sûrement assez pour rassurer Israel. Et se présenter à l'Égypte comme un négociateur.

(4) et l'Allemagne risque de se mettre à dos la Turquie. Mais cela semble être l'effet escompté. En effet, Erdogan, qui n'est pas très aimé suite à ses prisees de position par exemple envers le Pape ou le système éducatif allemand, est furieux envers Israel (offensive: "honte"). L'Allemagne ne souhaite pas d'adhésion turque à l'Union Européenne. La nouvelle guerre israélienne permet donc d'éloigner la Turquie des pays européens.

Victor Fèvre
Par Victor Fèvre
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Lundi 5 janvier 2009

Bon, me revoilà, je reprends mon rythme maintenant.

Et je commence par une nouvelle assez importante: le Chef d'État-Major de la FIAS en Afghanistan, jusqu'à maintenant un allemand, le Général Hans-Lothar Domröse, quitte son poste pour laisser la place au Général italien Marco Bertolini (voir ici sur le site de l'OTAN). Le général allemand va prendre le commandement de l'Eurocorps à Strasbourg.

L'année 2009 commence donc mal pour les allemands. En effet, cette décision est prise comme un revers, comme si désormais, l'Allemagne perdait toute influence au sein de l'EM otanien à Kaboul. Et ce alors qu'elle vient de décider de renvoyer 1000 soldats supplémentaires en Afghanistan?! Quelle ingratitude de la part de ses alliés...

D'un autre côté, c'est assez symbolique que le général part vers l'Eurocorps. Est-ce une manière de souligner l'attachement allemand à une PESD? De toute facon, il est hors de question que l'on interprète ceci comme un "désengagement" ou plutôt "désintéressement" de la zone du Moyen-Orient.

Car l'Allemagne est bien décidée à jouer un rôle là-bas. Je vous invite à aller sur le site du MAE allemand, car le discours est étonnamment pro-israélien (mais il y a aussi l'éternel appel à l'aide humanitaire). Je paraphrase un petit peu:

"il faut atteindre un cessez-le-feu qui sauvegarde pour de bon la sécurité d'Israel; pour cela, il faut que le Hamas arrête ses tirs de missiles sur Israel et que le trafic d'armes soit arrêté dans la bande de Gaza"

Pas un mot au sujet des Israéliens - par contre, Steinmeier aurait pris contact avec son homologue israelien Livni - afin d'arrêter les palestiniens d'attaquer???

(1) le soutien allemand à l'État d'Israel est historique. Elle a payé des réparations énormes et reste attachée émotionnellement à Israel, suite à l'holocause pendant la Seconde guerre Mondiale

(2) mais comme depuis la réunification allemande, où elle a enfin trouvé la "Einheit in Freiheit" et a déménagé sa capitale de Bonn à Berlin, l'Allemagne a préparé longuement le terrain pour refaire surface en politique internationale. Certains commentateurs politiques allemands appellent cela "die neue Selbstverständlichkeit der Berliner Republik": la nouvelle "évidence" ou "émancipation" de la République de Berlin (par opposition à celles de Weimar et de Bonn). Donc, l'Allemagne est de moins en moins condamnée par les constantes géopolitiques de la Guerre Froide, mais peut s'engager dans sa propre voie

(3) donc, rien n'oblige désormais l'Allemagne de soutenir inconditionnellement Israel. Pourtant, elle le fait. Et elle risque bien de se brûler les ailes, car elle cache mal son ambition à devenir une nation s'engageant partout pour la paix, mais avant tout au Moyen-Orient. Et un soutien trop évident à Israel risque de la décrédibiliser du côté des pays arabo-musulmans

(4) finalement, les allemands sont jaloux de Nicolas Sarkozy, qui leur vole une fois de plus la vedette en se déplacant au Proche-Orient aujourd'hui et demain. La manière de se mettre en avant et de résoudre des crises agace les allemands, mais en fait, c'est le rôle qu'ils rêveraient jouer. Le problème, c'est que de par le régime constitutionnel allemand, personne n'est en mesure de prendre le bâton de maréchal: le Président ne possède pas de poids "politique" pur et ne possède pas la connaissance technique des dossiers; le Chancelier est trop associé à la politique intérieure et la politique européenne - mais cela est en train de changer; le Ministre des Affaires Étrangères n'a pas un poids assez fort et peut se faire évincer par le Chancelier (ou la Chancelière...)

Victor Fèvre
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Samedi 1 novembre 2008

Hier, j'ai eu un commentaire très intéressant sur le rôle que l'Allemagne souhaite jouer dans le Moyen-Orient, notamment le rôle des relations bilatérales avec l'Inde.

Hélas, je dois dire que les relations avec l'Inde ne sont pas tendues, mais ce n'est pas un partenariat très développé non plus. Peut-être que d'ici quelques mois, cela changera.

1) La relation porte surtout sur des questions énergétiques. L'Allemagne était très contente que lors de leur assemblée du 4 au 6 septembre dernier, le groupe de pays fournissant de la technologie nucléaire (Nuclear Supplier Group) a autorisé à nouveau les exportations vers l'Inde, avec toutefois certaines restrictions, comme par exemple la condition de ne pas enrichir d'uranium. Néanmoins, si l'Inde peut participer au programme de recherche sur la fusion nucléaire ITER à Cadarache, c'est au lobby allemand qu'elle le doit.

2) Si le lien entre l'Allemagne et les EAU se renforce, cela endiguait la politique Iranienne. Mais le lien Moscou-Téhéran-Péking alors? Eh bien je dirais qu'il est beaucoup moins fort aujourd'hui qu'il y a quelques années. La Russie était très intéressée par l'Iran auparavant, puisqu'elle soutenait activement son programme nucléaire et entretenait des contrats d'armement lucratifs, mais elle se désintéresse de cette zone. Elle choisit de se consacrer à des problèmes bien plus proches de chez elle, comme la guerre des cinq jours en Géorgie nous l'a montré dernièrement. La Chine a aussi changé sa liste de priorités, en se concentrant notamment plus sur l'Afrique. Donc, l'Iran tente d'accéder à la reconnaissance internationale par d'autres moyens, comme entre autres une "solidarité pan-chiite" - moyen, pas une fin, comme on peut le lire dans cet article de DN&SC.

En revenant sur ce que je disais hier, l'attention accordée au Pakistan semble vraiment être un signe vers les Américains, en particulier Barack Obama, qui avait exhorté les allemands à s'impliquer davantage sur des théâtres d'opération extérieurs lors de son discours devant la Friedenssäule à Berlin il y a quelques mois. Cela avait déplait aux allemands, mais ce n'est pas ce qui a été retenu de ce discours.


À Washington, le "American Institute for Contemporary German Studies
" vient de publier un document addressé au prochain président des Etats Unis, sur l'attention que ce dernier devrait porter à l'Allemagne. Il est surprenant à quel point il dit que les USA doivent "mener" l'Allemagne. Indiquant qu'il est improbable que l'Allemagne augmente encore ses effectifs en Afghanistan, après toutes les critiques qu'elle recoit de ses alliés, il est dit explicitement qu'il faudrait amener l'Allemagne à s'impliquer directement au Pakistan, car il est probable qu'il y ait bientôt une nouvelle opération de l'OTAN dans ce pays. Pour l'instant, il n'est question que d'aide de police pour une bonne gouvernance, mais cela ne présage rien de bon.

De plus, il est dit que les USA doivent "profiter du soixantenaire de l'OTAN pour convaincre ses alliés européens d'étendre le débat stratégique" - en clair: de s'impliquer davantage dans l'OTAN. Ce document est donc vraiment une apologie de l'interventionnisme américain, en entraînant ses alliés derrière lui. Hélas, cela a plus l'air d'une fuite en avant qu'une stratégie réfléchie. De toute manière, une telle politique pourrait très bien être suivie par les allemands, si les atlantistes à Berlin s'imposent - surtout après septembre 2009. D'ailleurs, pas un mot dans le document d'aider par exemple les allemands pour construire une PESD. Donc, alors que l'on s'efforce en Europe de concilier à tout pris OTAN et UE, les Think tanks américains ne veulent pas d'une PESD...

De manière plus intéressante à propos de l'Iran, c'est que l'Allemagne doit vraiment faire partie de la constellation pour faire pression sur l'Iran, à savoir parce qu'elle est le deuxième allié d'Israel après les Etats-Unis, à cause de son passé singulier. Il serait également possible de jouer sur l'aversion que porte l'Allemagne contre le nucléaire pour appliquer le Traité de Non-Prolifération. La question iranienne est considérée dans ce papier comme l'élément qui pourrait détériorer les relations transatlantiques.

Victor Fèvre

Par Victor Fèvre
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