Sécurité

Publié le par Victor Fèvre


Avant de continuer d'ici quelques temps sur la chute du Mur de Berlin, voici un petit ballon d'essai:

Le concept "dur" de sécurité a beaucoup évolué, ce n'est plus seulement la défense militaire.

On a aussi élargi le concept de sécurité à des domaines nouveaux: "sécurité énergétique". Dans la même ligne d'idées, on pourrait désormais parler au XXIème siècle de "sécurité alimentaire" ou de "sécurité écologique"... non?

Victor Fèvre

Publié dans Die ganze Welt

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Romain Lalanne 29/11/2009 18:16


Il est vrai que l’évolution du concept de sécurité peut surprendre, surtout lorsque l’État est présenté comme le garant d’une sécurité nationale réduite en des termes militaires. Mais l’'évolution
du concept de sécurité a fait son chemin depuis les années 1980. Si ce concept a donné lieu à de passionnants débats au sein de la sphère universitaire, il a aussi eu des répercussions au niveau
politique. Ainsi le colloque Strategies in Conflict: Critical Approaches to Security Studies qui s’est tenu à l’Université York (Toronto) en 1994 a été un moment essentiel dans l’ancrage du concept
de sécurité humaine et, de là, de celui de responsabilité de protéger.

Il y a deux grandes façons de repenser la sécurité : la première concerne le champ de la sécurité ; la seconde touche l’acteur concerné par cette sécurité.

La première façon de repenser la sécurité concerne l’élargissement du champ de la sécurité. À côté de la traditionnelle sécurité militaire – qu’on pourrait résumer aux études stratégiques –, quatre
nouveaux types de sécurité sont apparus au cours des années 1990 : sécurité politique (stabilité institutionnelle et souveraineté), économique (accès aux ressources matérielles et financières pour
garantir puissance étatique et bien-être), sociétale (durabilité de la langue, de la culture et de l’identité), et environnementale (maintien de la biosphère en tant que système à la base de toutes
entreprises humaines). Ces travaux sont issus de ce qu’il est convenu d’appeler l’École de Copenhague avec Barry Buzan, Ole Weaver et Jaap De Wilde, dont le grand classique reste Security: A New
Framework for Analysis (1998).

Si cet élargissement touche le champ de la sécurité, il s’inscrit toujours dans une approche traditionnelle où l’État reste le sujet de cette sécurité. D’où une autre façon de repenser le sujet de
cette sécurité en critiquant l’ontologie stato-centrée traditionnelle. Cette approche part du constat que l’État, loin d’assurer automatiquement la sécurité à sa population, peut aussi constituer
une menace (violation des droits de l’homme, incapacité à assurer une fonction de redistribution des ressources vitales, etc.). Ainsi, la sécurité ne concerne plus uniquement l’État mais l’homme et
la communauté humaine dans son ensemble. C’est le sens des travaux des Études critiques de sécurité, dont Ken Booth et Richard Wyn Jones d’un côté (approche insistant sur l’émancipation) et Keith
Krause et Michael C. Williams de l’autre ont été les précurseurs dans les années 1990.


SD (pour convaincre) 29/11/2009 12:24


Bonjour,
L'extension du champ de certains concepts n'est pas un problème en soi. Ils doivent surtout avoir une utilité opérationnelle ou permettre une meilleure compréhension d'un phénomène observé. La
cohérence du concept et sa différenciation par rapport à des concepts existants sont des critères indispensables pour l’évaluation du concept. Dans le domaine de la sécurité humaine comme dans
d’autres domaines de la sécurité, beaucoup de concepts ne dépassent pas le stade de la construction intellectuelle, sans apporter de réelle plus-value en termes de compréhension ou d’effet
opérationnel. La sécurité énergétique et la sécurité écologique ne sont pas des concepts nouveaux mais méritent peut-être d’être redéfinis comme il est suggéré dans le billet.
Cordialement
SD


yves cadiou 24/11/2009 08:16


Etendre la sécurité à d'autres domaines comme vous le suggérez, c'est peut-être une bonne idée mais elle comporte un risque. Du fait que la sécurité est l'apanage de l'Etat et qu'elle est même sa
raison d'être, la sécurité justifie les contraintes qu'il impose aux citoyens.

Par conséquent, étendre la sécurité à tous les domaines, c'est prendre le risque de revenir vers le système des Etats totalitaires qui ont fait tant de mal.
Petit exemple concret : en France, les contraintes (heureusement légères) qui sont imposées aux citoyens au motif de "plan vigipirate" n'ont aucune existence légale ni réglementaire : elles ne
résultent que de circulaires et notes de service internes à l'administration et non opposables aux citoyens. Il s'agit d'un (petit et supportable) abus de pouvoir de l'Administration mais depuis le
temps, Vigipirate est passé dans les habitudes en dépit de son inexistence juridique.
Restons prudents sur les questions de sécurité, car dans ce domaine la restriction de la liberté des citoyens n'est jamais très loin.


Victor Fèvre 29/11/2009 10:26



Sur le plan Vigipirate, les sources juridiques sont en effet peu stables et peu nombreuses.

Mais l'État possède-t-til toujours le monopole de la violence légitime?

- on parle de plus en plus de zones de "non-droit", même en France
- la privatisation de la sécurité et de la défense dépasse totalement l'État

La psychose sécuritaire qui sévit aux USA depuis le 11 septembre 2001 montre bien à quel point on peut restreindre les libertés des personnes, mais je ne crois en aucun cas que nous pourrions
sombrer dans un état totalitaire.

VF


EGEA 16/11/2009 22:48


Quand j'étais petit, la "sécurité collective,", c'était l'ONU? La sécurité, c'était bien loin de la défense. La "défense collective", c'était l'Otan. depuis, il y a confusion, et extension... du
domaine de la lutte ?
EGEA


Victor Fèvre 29/11/2009 10:17



À mon avis, la Bosnie et diverses opérations africaines ont définitivement discrédité l'ONU comme "security provider"...

VF


SD (pour convaincre) 14/11/2009 14:49


Bonjour,
Le concept de sécurité au XXIème siècle est plus large que son concept "dur". Cela a été conceptualisé dans les années 90 à ma connaissance par le concept de sécurité humaine (
http://en.wikipedia.org/wiki/Human_security#UNDP.27s_1994_definition ) qui a 7 composantes selon l'ONU (pas de consensus).
Cordialement
SD

PS : un exemple de sécurités appliqué au Zimbabwe (fin 2008) : http://pourconvaincre.blogspot.com/2008/12/le-zimbabwe-la-scurit-sanitaire-et-la.html


Victor Fèvre 29/11/2009 10:15



Oui, en effet, j'ai eu droit dans un cours aux différentes formes de "Human Security". J'ai toute une liste de bons penseurs...

Mais je crois qu'aujourd'hui, on a tout de même élargi le concept encore davantage.

VF