Nouveaux axes de la diplomatie allemande

Publié le par Victor Fèvre


Il ne vous sera pas échappé que le nouveau ministre des affaires étrangères est Guido Westerwelle (FDP), le chef du parti libéral. C'est un choix assez étonnant, car il n'a pas une grande expérience de diplomate. Mais comme le FDP a permis au CDU-CSU d'être au pouvoir, certains grands portefeuilles ont donc été donnés, c'est normal.

Comme ce n'est pas un diplomate chevronné, il confirme certains classiques: politique de paix, désarmement, transatlantisme, partenariat avec la France et la Pologne. Or, c'est peut-être là la nouveauté de son choix, c'est l'importance qu'il accorde désormais aux liens germano-polonais.

Je rebondis sur cet article du Monde (30 décembre 2009), très bien écrit, et qui dit bien que c'est une nouvelle "Ostpolitik", et que le modèle du ministre est Hans-Dieter Genscher - logique, c'était un libéral et le dernier ministre allemand des affaires étrangères à avoir marqué le monde.

En effet, Genscher est resté très longtemps en poste, et a géré la réunification. Son successeur Kinkel n'a pas laissé un souvenir majeur, Joschka Fischer, malgré un jeu médiatique très adroit, n'a pas laissé d'héritage diplomatique et Steinmeier n'a pas réussi à se démarquer de la chancelière Merkel.

Mais qu'en est-il de la relation avec la Pologne? Elle est historiquement difficile, mais s'est améliorée au fil du temps. La question des réfugiés de Silésie (et de Prusse Orientale) subsiste, mais va s'effacer - naturellement - avec le temps. Mais par exemple, la Pologne fait partie des LEOBEN (Leopard Benutzerstaaten) car elle est équippée du char d'assaut allemand Leopard 2.

Des heurts arrivent, et la relation était froide entre la Pologne et l'Allemagne à l'ère Kaczynski. De plus, la question de l'oléoduc Northstream dans la Baltique, court-circuitant la Pologne, le rapprochement Berlin-Moscou sous Schröder ainsi que la crise des missiles de Kaliningrad ont donné des sueurs froides aux Polonais.

Maintenant, la toute première visite officielle de Westerwelle a été à Varsovie, pour rencontrer son homologue polonais. Très fort signal diplomatique, car pour l'instant, c'était toujours Paris. Cette fois-ci, Paris sera en deuxième, avec La Haye le même jour. Pourquoi les Pays-Bas? Parce que c'est le plus grand des "petits pays" européens, et le discours était que l'Allemagne n'oubliait pas ces petits pays. Mais où y en a-t-il le plus aujourd'hui? À l'Est...

Quatrième visite: le siège de l'OTAN, classique. Et comme je le répète sur ce blog, l'Allemagne considère l'OTAN comme une "Wertegemeinschaft", une communauté de valeurs, plus qu'une alliance militaire défensive. Pourtant, cela est à la mode, et devenu le moyen de légitimer l'opération en Afghanistan: c'est pour libérer les Afghans de l'oppression talibane que nous sommes là (philantropie), non pour détruire une base de terroristes d'où ils nous attaquaient (égoïsme)...

Pour en revenir à la Pologne, le ministre Westerwelle dit que c'est un ravivage de la flamme du Triangle de Weimar, France-Allemagne-Pologne. Peut-être, mais c'était bien nécessaire, la dernière réunion tripartite remonte à 2006! Le Triangle était moribond.

À mon avis, il y a deux explications possibles: 1) Westerwelle se sent si "faible" qu'il cherche à être épaulé par Kouchner lors de ses rapports avec Sikorski, donc le Triangle est sérieux ou 2) la politique allemande, de moins en moins complexée, se tourne résolument vers l'Est et c'est plus une relation bilatérale que trilatérale. C'est bien ma thèse du moment.

Indices: sur la page d'accueil du MAE allemand, on a les liens vers la coopération francaise, polonaise et vers la candidature allemande au siège permanent dans le conseil de sécurité de l'ONU... (j'en reparlerai plus tard).
En restant sur le site institutionnel, naviguons vers "la politique étrangère/Außenpolitik": notons la liste, selon les priorités: relations transatlantiques, Russie, Proche- et Moyen-Orient, Afghanistan, Afrique, Asie-Pacifique, Amérique Latine. Tout un programme.
L'Europe a droit à sa propre page. Qu'est-ce qui apparaît en premier? Le partenariat oriental de l'UE...
C'est dans les relations bilatérales qu'il faut aller chercher, pour voir apparaître les pages sur la France et l'Allemagne.

Aujourd'hui, c'est la journée franco-allemande. Notre Secrétaire d'État aux affaires européennes Claude Lellouch est en visite officielle en Allemagne aujourd'hui et donne un entretien intéressant avec le Figaro. Le programme de la journée donne un exemple d'une bonne relation bilatérale: coopération scientifique et culturelle, jeunesse. C'est sain, je ne suis pas un défaitiste du lien franco-allemand. Mais je pense que l'Allemagne tente de construire de nouveaux partenariats, et qu'elle n'est pas prête à suivre la France dans toutes ses entreprises - elle a sa propre voie, et elle mène là où le soleil se lève.

Victor Fèvre

Dernière chose: à partir d'aujourd'hui, je vais publier (chaque jour j'espère, cela m'incitera à publier aussi des articles) une petite expression ou phrase d'humour militaire allemand, tirée d'un ouvrage que l'on m'a offert: "Ich glaub' ... mich tritt ein Pferd! ... mich knutscht ein Elch!; Darüber lacht nicht nur die Bundeswehr!", Reinhard Hauschild, Horst Schuh, Mittler & Sohn, Herford 1983.

"Grüße jeden Dummen, er könnte morgen dein Vorgesetzter sein"

Salue chaque imbécile, il pourrait être ton supérieur demain

Publié dans Allemagne

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egea 24/01/2010 19:30


Eh! plaisir de te voir revenir, surtout pour un aussi bon billet. Il faudra que je te fasse écrire sur l'Allemagne et l'otan...
EGEA


Victor Fèvre 25/01/2010 09:35



Quand vous voulez...

VF