Die Ostfront

Publié le par Victor Fèvre

 

Allererst wünsche ich Euch allen ein frohes neues Jahr...

 

De mon côté, j'ai mis à profit quelques jours de répit pour lire un peu. J'ai ainsi pu découvrir un ouvrage incroyable, qui est un témoignage poignant de ce qu'a été la Seconde guerre Mondiale, vue par un simple soldat allemand. 

Que dis-je, allemand? Il n'a qu'un parent allemand et possède la nationalité francaise. Mais il vient d'Alsace, c'est donc un "Malgré-Nous". En Alsace-Moselle, les jeunes hommes étaient forcés à s'engager dans les armées allemandes sous peine de représailles sur la famille (allusion faite par Pierre Schoendoerffer dans "La 317ème Section" avec l'Adjudant Willsdorf). Ce livre, c'est "Le Soldat Oublié". 

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Guy Sajer est, comme les autres Malgré-Nous, envoyé en Russie. Il se trouve sur le Don, au plus loin de la progression allemande, mais très vite, il va connaître retraite après retraite. Kharkov. Ses deux permissions sont un fiasco, la première par les bombardement alliés au-dessus de l'Allemagne, invraisemblables pour des soldats revenant du front et espérant la paix chez eux, la seconde par les "partisans" qui harcèlent les allemands en déroute. 

Les pays traversés sont loin d'être peuplés par des gens hostiles aux Allemands. Opportunisme envers le vainqueur, mais aussi espérance d'être libéré de communistes qui ne valent pas mieux. Le trajet est une révision de la géographie de l'époque: lors de la retraite finale pendant l'hivers 1944-1945, l'auteur traverse toute la Prusse Orientale, mais d'une manière infernale, qui a marqué beaucoup d'Allemands à tout jamais: emprisonné dans la poche de Memel (Klaipèda en Lituanie) au Nord de Königsberg (Kaliningrad en Russie), évacuation par bateau jusqu'à Pillau (Baltyisk en Russie), traversée de la baie de Kaliningrad sur la glace que les avions russes tentent de briser, arrivée à Danzig (Gdanzk en Pologne), regroupement et combat à Gotenhafen (Gdynia en Pologne), évacuation in extremis vers Hela (Hel en Pologne) d'où il partira, malade et blessé, par bateau, évitant les sous-marins et les mines, en direction du Schleswig-Holstein où il sera pris prisonnier par les Anglais. 

Le récit est bouleversant, on se rend réellement compte des horreurs de la guerre totale, qui plus est dans un environnement (steppes russes) impitoyable. Tout dans ce livre est une course aux extrêmes, au-delà de la limite de l'exprimable avec nos mots. Voilà un vrai destin broyé. 

En revanche, il ne s'agirait que d'un pseudonyme. Le dessin sur la couverture, intitulé "dessin de l'auteur", rappellera en effet aux amateurs de bandes dessinnées le style très reconnaissable de Dimitri! 

Une excellente autobiographie donc, qui rappelle de manière bien plus poignante que n'importe quel autre témoignage que j'ai lu ou vu jusqu'à présent, ce qu'est la guerre, et plus particulièrement le front de l'Est - die Ostfront - de la Seconde guerre Mondiale. À lire et à relire. En souvenir de tous ceux qui ont souffert, de part et d'autre, et de tous ceux qui souffriront encore; un avertissement pour que nous ne tombions plus dans une telle barbarie. 

 

"Le Soldat Oublié", Robert Laffont 1967

 

Victor Fèvre

 

Publié dans Allemagne

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