Qui est Wilhelm Canaris?

Publié le par Victor Fèvre


Permettez que je publie un petit billet sur une de mes dernières lectures:

Richard Bassett, "Hitler's Spy Chief; The Wilhelm Canaris Mystery", Cassell, London 2005


Il n'existe que peu d'ouvrages sur Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr, le service de renseignements militaires de l'armée allemande à l'aube de la Seconde guerre Mondiale. Il reste un personnage énigmatique.

La vue de Richard Bassett est que Canaris, bien que séduit au début par une idéologie nazie qui permettrait à l'Allemagne de recouvrir son statut de grande puissance, a rapidement (et bien avant la guerre) été désillusionné par le nihilisme paien nazi, qui devait "mathématiquement" mener l'Allemagne à sa perte.
Au lieu de démissionner, il a choisi de rester à la tête de l'Abwehr, et profitant de sa situation comme homme du monde, cultivé et hautement intelligent, pour faire tout ce qu'il pouvait pour contrer Hitler, même s'il parvenait à conserver l'apparence d'une agence bien dans l'esprit du parti.

Le passé de Canaris est très bien décrit, son enfance, son passage dans la Marine, ses heures de gloire pendant la Première guerre Mondiale, ses postes successifs en Espagne. La manière dont il utilise son service secret pour contrer le SD et les SS (il sera le seul à être épargné des lois raciales de Nuremberg, ce qu'il l'amènera à recruter bon nombre de juifs afin de les protéger) est magistrale.

D'un point de vue géopolitique, il est intéressant de voir comment Canaris influence Franco lui permettant de rester neutre, mais surtout mène une diplomatie parallèle avec les alliés: il gardera toujours contact avec l'Angleterre, que ce soit via ses réseaux au Vatican ou ailleurs (ce qui lui coûtera la vie), cherchant à faire la paix avec eux en 1938, 1940 et 1943 mais les gardant du débarquement allemand (Opération Seelöwe) en donnant exprès de mauvais renseignements à Hitler. En même temps, Canaris savait à quel point l'intelligentsia britannique était infiltrée par les espions marxistes et songeait sans cesse au rôle de l'URSS après la guerre.

Reste la question de la motivation: Bassett pense que Canaris était imprégné de culture chrétienne tolérante, ce qui l'a amené à gérer l'Abwehr de manière intègre, et ce qui lui a fait comprendre très tôt l'idéologie destructrice nazie. Très tôt, il se veut le protecteur malgré lui de la civilisation occidentale contre le barbarisme nazi et le communisme, en ayant le courage de rester en place et en ne donnant pas sa démission.

Je vous dirai que je suis assez séduit par le point de vue adopté.

Victor Fèvre

Publié dans Allemagne

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