Géo-politique?

Publié le par Victor Fèvre


On parle souvent de géopolitique. Voici une définition assez bonne.

Mais si on se réfère à la racine du mot, géo-politique, on pourrait croire que le facteur dominant est le domaine terrestre. Rien n'est plus faux.

En effet, la dimension terrestre, autrefois réellement dominante (concept autrefois surtout en vogue en Allemagne, puissance continentale), n'est qu'une facette de l'analyse de la puissance militaire aujourd'hui.
Le contrôle du territoire reste la constante. Mais ce territoire n'est pas forcément terrestre (ou souterrain, cf. Gaza), les Britanniques avaient très tôt compris que la puissance s'exprimait aussi par un contrôle des mers. C'est encore plus vrai aujourd'hui avec le feu nucléaire. Un SNLE immergé "contrôle" beaucoup de territoire, toutes les cibles potentielles terrestres.
Mais la dimension aérienne s'y ajoute également. Non seulement l'espace aérien national (défini lui aussi par l'étendue des eaux territoriales!), mais l'Espace aussi, plus ou moins démilitarisé, mais outil de renseignement absolument formidable.

La géopolitique devient de plus en plus dense. Et surtout, les sphères d'influence se recoupent (Mers, Océans, Espace). Une architecture de sécurité cohérente, stable mais aussi collective devient plus que jamais nécessaire.

Sans aller jusqu'à l'utilisation de mots tels que "hydropolitique" ou "aéopolitique", la puissance d'un État ne se définit plus d'après le nombre de divisions de chars ou d'infanterie mécanisée que celui-ci peut aligner.
D'un autre côté, la marine est un facteur à importance grandissante (surtout l'aéronavale, instrument politique majeur, mais aussi la dimension sous-marine et le nombre de vaisseaux de surface), mais elle ne suffit pas: la présence maritime au large de la Somalie n'améliore pas la situation de ce pays.
L'espace aérien lui aussi devient de plus en plus important. Combien d'opérations en Afghanistan n'utilisent pas de soutien aérien lors d'un accrochage? Le développement des drones, notamment armés, est une évolution importante. Toutefois, l'espace aérien ne suffit, lui non plus, pas: nous l'avons vu au Liban en 2006. Il faut des troupes au sol.

Aujourd'hui, un cloisonnement terre/air/mer n'a plus aucun sens. D'ailleurs, on voit que le nombre d'exercices interarmées augmentent, mais il faut travailler à l'interopérabilité des systèmes et contre la routine et les préjugés interservices. Ce n'est pas gagné d'avance, dans aucun pays.

Victor Fèvre

Publié dans Die ganze Welt

Commenter cet article

o Kempf 08/03/2009 21:36

Victor,
du vrai dans votre billet, mais de l'incomplet.
Car fondamentalement, la géopolitique traite des rivalités de pouvoir sur des territoires et leurs populations. Tous les nouveaux milieux de la guerre (mer, air, espace, cyber, médias....) existent : ils compliquent l'art de la guerre, ils ne suffisent pas à décider de la victoire finale. Celle-ci passe toujours par le contrôle d'un territoire terrestre (une ville, un port, une capitale, des zones économiques).
Deuxième différence : dans tous les milieux sus cités, on peut faire la guerre, on ne peut demeurer. Les sous-marins sont obligés de revenir au port. Les fusées à leur base, les avions à la piste, etc. La permanence (deuxième dimension temporelle de la stratégie en plus de l'espace) n'est possible qu'à partir d'une base terrestre.
Il y a donc des dimensions supplémentaires à la géopolitique, à la stratégie, etc.... Mais il est judicieux de conserver sa prééminence à ce préfixe "géo"....
O. EGEA Kempf

Victor Fèvre 09/03/2009 10:21


Merci pour ces précisions. J'aime surtout le concept de PERMANENCE.

Mais ce n'était pas non plus un exposé que j'aurais soutenu tel quel à Sciences Po...

VF