46 ans après le Traité de l'Élysée

Publié le par Victor Fèvre


Hier était le 22 janvier... Exactement 46 ans que le Traité de l'Élysée a été signé par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer.

Aujourd'hui, en 2009, qu'en est-il de la coopération franco-allemande?

1) le Traité de l'Élysée (qui n'était pas un échec) a eu deux effets:

- sceller la réconciliation franco-allemande après la Seconde guerre Mondiale (après des épisodes comme l'unification à l'Ouest, le réarmement allemand)
- initier des projets concrèts dans le domaine éducatif et culturel (baccalauréat franco-allemand, lycées franco-allemands - j'en suis issu - Office franco-allemand de la jeunesse...)

C'est donc une approche de coopération sectorielle (comme pour l'UE: commencer par le charbon, l'acier, l'épisode atomique, l'économie pour sans cesse aller plus loin).

2) la coopération franco-allemande au plus haut niveau politique a fluctué selon les affinités des présidents de la République et chanceliers. Aujourd'hui, Angela Merkel, venant de la RDA, est plus orientée vers l'Est (voir ici), et Nicolas Sarkozy est plus intéressé par le monde anglo-saxon que par l'Allemagne.

3) pourtant, les programmes éducatifs et culturels ont continué. Je citerai les exemples d'ARTE ou de l'Université Franco-Allemande, mais il y en a beaucoup plus. Toutefois, aujourd'hui, qui sont les plénipotentiaires pour la coopération culturelle franco-allemande? Klaus Wowereith (Maire de Berlin) et Xavier Darcos (Ministre de l'Éducation Nationale). Ce ne sont pas des vedettes du franco-allemand.
Dans ce secteur, la coopération reste pourtant bien réelle, car elle s'est institutionnalisée. Hier s'est par exemple tenu un colloque à Paris avec des invités prestigieux - voir http://www.france-allemagne.fr/ ou http://www.fplusd.org/ ou le programme sur http://www.arte.tv/ - tous ces sites internets sont bien la preuve que là, la coopération franco-allemande existe.

4) dans d'autres secteurs, la coopération est moins institutionnalisée.
Il existe des instituts et des programmes de recherche conjoints franco-allemands, mais les chercheurs se heurent parfois à un obstacle dans la pensée scientifique: la recherche doit être plutôt fondamentale en France, alors qu'en Allemagne, la recherche peut très bien être appliquée (et déboucher sur des brevets).
Il existe bien des firmes bien accrochées dans le franco-allemand, mais moins par idéal de coopération franco-allemande que par stratégie d'entreprise.
Dans le secteur de la défense, il y a quelques partenariats pour la formation des officiers (Saint-Cyr Coetquidan/Dresde pour l'Armée de Terre, programme intégré pour la Marine, CID-Führungsakademie), mais cela s'arrête largement à là. L'époque des grands programmes d'armement conjoints est révolue. D'ailleurs, les difficultés de programmes comme Airbus, A400M, Eurocopter, comme filiales d'EADS montrent qu'il y a un grand malaise.
La vraie coopération se fait dans des ministères, dans des services, dans des instituts, dans des associations, grâce à quelques personnes très engagées.

5) nous pouvons donc voir trois constantes:

A - au plus haut niveau politique, la coopération fluctue beaucoup, et elle n'est pas forte en ce moment
B- dans l'éducation et la culture, la coopération se développe depuis 1963, mais c'est un monde qui reste petit
C- dans d'autres secteurs, la coopération résulte plutôt d'initiatives et d'engagements personnels, individus profondément convaincues de la nécessité de faire avancer la coopération franco-allemande sur le terrain (comme moi...).

Victor Fèvre

Publié dans Allemagne

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