Bras de fer entre la Russie et l'Ukraine

Publié le par Victor Fèvre


Ca, y est, cela recommence. Comme petit cadeau pour bien commencer l'année, les Russes se mettent à nouveau à fermer le robinet de gaz. Et c'est habile...

(1) les Russes montrent une nouvelle fois qui est le maître. La menace énergétique complète bien la menace militaire (guerre des Cinq Jours). Il n'est absolument pas anodin que les pays qui soient touchés par le différend entre Moscou et Kiew soient les pays de la PECO, en tête la Roumanie, mais aussi la Bulgarie, la Hongrie, la Croatie et aussi la République Tchèque (ou Tchéquie,  ajouterai-je malicieusement - en allemand, on dit "Tschechien"...), qui a même décrété l'état d'urgence. La Russie "tient" les pays qui sont dépendants d'elle pour les ressources énergétiques, et peut les faire chanter.

(2) ce n'est pas par hasard que le conflit apparait maintenant, et pas une semaine plus tôt. Afin d'éviter de froisser une présidence francaise de l'UE, qui a été clôturée par un bilan très positif partout (peu importe si les décisions ont toutes une portée réelle, mais l'image créée est quant à elle bien réelle), la Russie attend que ce soit la République Tchèque qui ait la présidence du Conseil européen...

(3) et c'est là que la Russie sème à nouveau la zizanie au sein de l'Union Européenne. Il est probable que les petits pays, surtout dans l'Est (= par exemple la Tchéquie, qui se sent déjà submergée dans une Union où elle souhaite plus de particularisme national), voudront se tourner résolument contre la Russie, sentant bien le vent du boulet - et se heurteront à la volonté de leurs voisins occidentaux, qui préfèrent sauvegarder de bonnes relations avec la Russie.

(4) un dégât collatéral de la Russie est l'Allemagne. Il est probable que le gazoduc va arrêter d'approvisionner l'Allemagne cette nuit. Mais c'est bien pourquoi le gazoduc Northstream est en construction, pour éviter ces désagréments dans le futur - et pour rendre une pression encore plus forte sur les pays du Sud possible? Mais je crois que la volonté russe n'est pas d'instaurer une ligne politique Paris-Berlin-Moscou.

(5) mais d'un autre côté, l'Ukraine joue le jeu. Il semble qu'elle ait des réserves de gaz pour ce genre de problèmes, mais qu'elle n'est pas prête de les entamer. En effet, c'est l'intérêt de l'Ukraine de se présenter comme victime de la Russie, que ce soit au plan diplomatique, et sur le plan intérieur, pour "refroidir" les partisans russes dans le pays. Mais encore combien de temps l'Ukraine pourra-t-elle tenir? Le temps travaille pour la Russie...

(6) et c'est là que ce chantage, que la Russie et l'Ukraine s'efforcent d'entretenir des deux côtés, est cruel et odieux: cet hiver est particulièrement rude. Je me demande quand les premières personnes vont mourir de froid.

(7) je terminerai par dire qu'il faut décidément diversifier ses ressources d'énergie. Qu'elles soient nucléaires, renouvelables, là n'est pas la discussion dans cet article. Et rien qu'au point de vue du gaz, il semble que le Turkménistan regorge encore d'un gisement fabuleux, d'une qualité exceptionnelle. Avis aux investisseurs!

Victor Fèvre

Publié dans Russie

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