Influence allemande à l'EM de la FIAS et soutien à Israel

Publié le par Victor Fèvre


Bon, me revoilà, je reprends mon rythme maintenant.

Et je commence par une nouvelle assez importante: le Chef d'État-Major de la FIAS en Afghanistan, jusqu'à maintenant un allemand, le Général Hans-Lothar Domröse, quitte son poste pour laisser la place au Général italien Marco Bertolini (voir ici sur le site de l'OTAN). Le général allemand va prendre le commandement de l'Eurocorps à Strasbourg.

L'année 2009 commence donc mal pour les allemands. En effet, cette décision est prise comme un revers, comme si désormais, l'Allemagne perdait toute influence au sein de l'EM otanien à Kaboul. Et ce alors qu'elle vient de décider de renvoyer 1000 soldats supplémentaires en Afghanistan?! Quelle ingratitude de la part de ses alliés...

D'un autre côté, c'est assez symbolique que le général part vers l'Eurocorps. Est-ce une manière de souligner l'attachement allemand à une PESD? De toute facon, il est hors de question que l'on interprète ceci comme un "désengagement" ou plutôt "désintéressement" de la zone du Moyen-Orient.

Car l'Allemagne est bien décidée à jouer un rôle là-bas. Je vous invite à aller sur le site du MAE allemand, car le discours est étonnamment pro-israélien (mais il y a aussi l'éternel appel à l'aide humanitaire). Je paraphrase un petit peu:

"il faut atteindre un cessez-le-feu qui sauvegarde pour de bon la sécurité d'Israel; pour cela, il faut que le Hamas arrête ses tirs de missiles sur Israel et que le trafic d'armes soit arrêté dans la bande de Gaza"

Pas un mot au sujet des Israéliens - par contre, Steinmeier aurait pris contact avec son homologue israelien Livni - afin d'arrêter les palestiniens d'attaquer???

(1) le soutien allemand à l'État d'Israel est historique. Elle a payé des réparations énormes et reste attachée émotionnellement à Israel, suite à l'holocause pendant la Seconde guerre Mondiale

(2) mais comme depuis la réunification allemande, où elle a enfin trouvé la "Einheit in Freiheit" et a déménagé sa capitale de Bonn à Berlin, l'Allemagne a préparé longuement le terrain pour refaire surface en politique internationale. Certains commentateurs politiques allemands appellent cela "die neue Selbstverständlichkeit der Berliner Republik": la nouvelle "évidence" ou "émancipation" de la République de Berlin (par opposition à celles de Weimar et de Bonn). Donc, l'Allemagne est de moins en moins condamnée par les constantes géopolitiques de la Guerre Froide, mais peut s'engager dans sa propre voie

(3) donc, rien n'oblige désormais l'Allemagne de soutenir inconditionnellement Israel. Pourtant, elle le fait. Et elle risque bien de se brûler les ailes, car elle cache mal son ambition à devenir une nation s'engageant partout pour la paix, mais avant tout au Moyen-Orient. Et un soutien trop évident à Israel risque de la décrédibiliser du côté des pays arabo-musulmans

(4) finalement, les allemands sont jaloux de Nicolas Sarkozy, qui leur vole une fois de plus la vedette en se déplacant au Proche-Orient aujourd'hui et demain. La manière de se mettre en avant et de résoudre des crises agace les allemands, mais en fait, c'est le rôle qu'ils rêveraient jouer. Le problème, c'est que de par le régime constitutionnel allemand, personne n'est en mesure de prendre le bâton de maréchal: le Président ne possède pas de poids "politique" pur et ne possède pas la connaissance technique des dossiers; le Chancelier est trop associé à la politique intérieure et la politique européenne - mais cela est en train de changer; le Ministre des Affaires Étrangères n'a pas un poids assez fort et peut se faire évincer par le Chancelier (ou la Chancelière...)

Victor Fèvre

Publié dans Moyen-Orient

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