Horst Köhler rappelle le but d'un État: le Bien Commun

Publié le par Victor Fèvre


À l'étonnement de certains, j'avais déjà indiqué qu'il faut porter attention aux déclarations du Président Fédéral allemand Horst Köhler, qui à cause de la dimension symbolique qui l'entoure, met plus de force dans ses prises de position. J'avais aussi précisé qu'il y a une dimension religieuse dans ce qu'il dit (et c'est une tradition typiquement allemande, le Président étant souvent un Chrétien pratiquant).

Hier soir, à 20 heures 10 (attention à l'heure; et il est le seul homme politique à avoir droit à des voeux sur toutes les chaînes publiques: 19:08 sur ZDF), il a fait les voeux de Noel. Voici le texte. Quelques remarques.

(1) pas de drapeau européen en arrière-plan, juste le drapeau allemand

(2) il a salué tous les militaires allemands en OPEX au début de ses voeux

(3) Köhler a réaffirmé ce que devait être le but d'un État, à savoir le Bien Commun. C'est un concept de la philosophie classique (surtout Aristote), où il désignait le but premier d'un État. Dans la philosophie moderne, sous l'influence des théories individualistes vers la fin du Moyen-Âge, réflétées dans la Réforme Protestante, on a tenté d'affaiblir le concept en lui donnant la signification de but d'une communauté et en l'assimilant à l'intérêt général (cf. Rousseau). Et ce, jusqu'à aujourd'hui. Mais on commence à redécouvrir le concept de Bien Commun, notamment aux États-Unis, car il permet de s'orienter vers ce qui est stable et non ce qui est ephémère.
Il faut mettre le Bien Commun en relation avec le développement qu'il a connu avec le plus éminent philosophe scolastique chrétien, Saint Thomas d'Aquin, Docteur de l'Église Catholique. Il définit le Bien Commun de telle manière: l'Homme étant un animal politique, il est social et a vocation à vivre ensemble. L'État, s'il a pour but le Bien Commun, permet de créer le meilleur cadre de vie pour les individus pour qu'ils s'épanouissent complètement. Le Bien Commun, c'est la fin exhaustive de tous les membres de l'État, car chacun y contribue par son activité. En effet, le Bien Commun n'est pas en opposition à l'intérêt particulier (comme le peut l'être l'intérêt général). Pour cela, il faut que l'État et les individus soient motivés par la Justice (remarque: dans la théorie classique des droits naturels, le Droit est la cause juste), la Prudence, la Force et la Tempérance: les vertus cardinales pour l'Église Catholique, qui doivent être le fondement de la vie en société (Paragraphes 1805 à 1809 du Catéchisme de l'Église Catholique). C'est pourquoi le Bien Commun est désormais aussi pour l'Église Catholique, le but d'un État doit être le Bien Commun (Paragraphes 1905 à 1912).
Donc, alors que beaucoup se rappellent à nouveau Keynes (alors qu'il faut prendre en compte le fait que son système ne fonctionne que dans une économie fermée, et non dans un système mondial, erreur que la France a dû payer cher lors de ses relances économiques en 1981-1983), Horst Köhler souligne donc dans son discours soudain l'importance de la doctrine philosophique et juridique classique. C'est donc un véritable retour au sources. Voilà pour le côté philosophie politique et religieuse.

(4) Köhler en remet une couche, car il nomme presque mot pour mot les vertus cardinales de l'Église catholique: il dit "Anstand, Bescheidenheit und Maß". En traduction directe, la prudence, l'humilité et la tempérance. Selon lui, l'Allemagne en aurait besoin aujourd'hui.

(5) il a aussi mentionné que le message de Noel était "N'ayez pas peur!" - nouvelle allusion évidemment religieuse, donnant quand même espoir en ces temps troublés...

Victor Fèvre

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o Kempf 27/12/2008 16:13

Superbe analyse, Victor. Félicitations pour ce centième billet qui vient marquer un très beau Noël.
Rdo a trouvé son rythme, et je suis sûr qu'il a également acquis un public fidèle.
Belles réflexions sur le Bien commun.
Amitiés,
O. Kempf

Victor Fèvre 27/12/2008 16:37


Merci beaucoup!

Victor


clarisse 26/12/2008 22:36

Merci Victor pour cette explication; c'est effectivement très intéressant (et pas du tout rapporté dans les médias); cela fait réfléchir sur la quête de nos fameuses "valeurs européennes" à partager.

Victor Fèvre 27/12/2008 10:07


Une autre différence à laquelle je n'avais pas pensé hier, les voeux du Président Sarkozy se font le 31 décembre. Calendrier grégorien certes, mais année civile: l'année liturgique commence le 1er
dimanche de l'Avent.

Cela souligne la dimension religieuse en filigrane de la déclaration du Président Köhler, en le faisant le 1er Jour de Noel.

VF