Discours du Président fédéral sur la sécurité

Publié le par Victor Fèvre


Avant-hier, le Président Köhler a fait un discours intéressant à l'occasion d'un forum sur les défis que l'Allemagne devra relever au XXIème siècle. Le texte est disponible ici.


Que dit-il?


C'est divisé en trois parties. D'abord les atouts de l'Allemagne: elle a pris ses responsabilités au niveau international et elle est devenu un agent incontournable du jeu diplomatique.

L'Allemagne a aussi des faiblesses: la Transformation des forces armées les ont mené d'une défense territoriale à une armée expéditionnaire. Or, ceci comporte le danger de trop employer ses soldats, et de poursuivre des buts avec des moyens insuffisants. La fidélité des alliances ne doit pas y mener non plus, ne pouvant justifier des opérations allant à l'encontre des intérêts allemands.

Finalement, l'Allemagne a des devoirs. Il faut d'abord accroître le soutien de la population pour ses soldats (!), analyser les "nouvelles guerres" dans les pays pauvres afin de voir si nos armées peuvent y être engagées, car elles n'avaient pas été mises sur pied pour cela initialement. Et Köhler parle aussi de l'OTAN; elle doit être un forum de discussion, une communauté de valeurs et une alliance politique. Le sommet du soixantenaire devrait initier une analyse approfondie de l'architecture de sécurité mondiale, et ce serait l'occasion d'avancer dans le domaine du désarmement, surtout nucléaire.


Quels enseignements tirer?


J'avais déjà dit une fois que les déclarations du Président sont hautement symboliques et importantes. Ce qu'il a donc dit n'est pas du tout anodin, et n'est pas du discours politique.

Il est intéressant de noter que l'Allemagne considère qu'elle a effectivement une responsabilité à porter, et des intérêts à défendre. Le syndrome 1945 est dont bien loin désormais.

C'est un discours qui s'adresse aux États-Unis; la solidarité au sein de l'Alliance ne pourra entraîner les pays européens dans des aventures qui lui déplaisent. Cela s'est vu de manière inattendue à Bucarest au sujet de l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie, et maintenant, cette doctrine est confirmée.

Aussi, le Président prévient les allemands ne ne pas envoyer leurs soldats en opération partout, au risque de ne pas pouvoir réagir avec des moyens adéquats (songeons au flou juridique en Somalie!), tout en faisant comprendre que lorsque les soldats sont engagés, il faut assumer cette décision.

Le discours sur l'OTAN est typiquement allemand. C'est un grand forum, où on peut discuter, pas un outil militaire. Là aussi, allusion aux américains.


Donc, c'est un discours qui illustre très bien l'"émancipation" allemande au niveau diplomatique. Ses armées viennent de terminer il y a un an leur grande réforme structurelle (que nous entamons en France l'année prochaine), la doctrine d'emploi des forces doit être définie, l'OTAN reste très importante pour les allemands, mais en tant qu'organisation politique. C'est la position allemande.


Victor Fèvre

Publié dans Allemagne

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clarisse 29/11/2008 17:25

Pourquoi "inquiétantes" ?
Tout le monde s'accorde à dire (et par tout le monde il faut comprendre l'UE mais aussi des courants à l'intérieur même de l'OTAN, qui échangent maintenant ouvertement sur leurs divergences, et non les médias ou les opinions publiques) que l'OTAN doit se réformer "de l'intérieur", et que cette réforme sans cesse retardée est négative pour l'avenir de l'organisation.

"Forum politique" peut se comprendre dans le sens où l'UE considère que l'emploi des forces armées doit s'appliquer dans un cadre complet (diplomatie + outil militaire + action civile (reconstruction, police, etc.), ce que ne sait toujours pas faire l'OTAN.

De plus, l'émergence d'une politique européenne de défense concrète fait qu'inéluctablement l'OTAN devient un outil parmi d'autres au service des objectifs stratégiques l'UE, et non l'UE au service des intérêts de l'OTAN.

Il semble donc normal que les objectifs et les stratégies militaires soient discutés à égalité entre partenaires au sein de l'alliance.

En ce sens l'émancipation allemande rejoint la position française de la grande attention portée aux implications d'une notion de solidarité qui serait mal appliquée, c'est-à-dire sans en envisager les conséquences politiques à court et long terme qui mettraient au final l'UE en danger.

Victor Fèvre 29/11/2008 23:33



J'ajouterai que les capacités "civiles" de résolution de crise de l'UE s'améliorent grandement et rapidement. Elles complètent de mieux en mieux les infrastructures plutôt militaires de l'OTAN.


Et comme je l'avais déjà dit dans ma série d'articles sur l'OTAN, il est possible qu'un Etat-Major de Forces Interarmées de l'OTAN devienne un Etat-Major commun OTAN-UE (en l'occurence Brunssum)
dans les années à venir, idée avancée par V. Nuland. Il est donc possible d'entraîner les américains dans la construction d'une PESD, si en même temps, l'OTAN reste l'Alliance transatlantique
forte.


VF



ZI 29/11/2008 16:15

"Le discours sur l'OTAN est typiquement allemand. C'est un grand forum, où on peut discuter, pas un outil militaire. Là aussi, allusion aux américains."

Un forum?Alors est-ce que c'est toujours une alliance militaire ou une OSCE un peu plus dur?

Je commence à lire depuis peu et à chaque fois que je lit un article j'apprends des choses passablement inquiétante.

Victor Fèvre 29/11/2008 23:27



Oui, c'est une réalité que de voir que les attentes envers l'OTAN ne sont pas du tout pareilles selon les États membres. C'est ce qui pose souvent problème à Evère...


Tenez: une autre référence: "De nombreux États ne voient que l'OTAN comme lieu pour en parler [ici, il s'agit du BAM]: l'Allemagne parce que la grande coalition n'a pas d'approche commune sur la
question" Olivier KEMPF, "2008: de Bucarest à Strasbourg", DN&SC novembre 2008, p. 37


VF