Ambitions géopolitiques au Moyen-Orient

Publié le par Victor Fèvre


Le ministre allemand des affaires étrangères Steinmeier vient de terminer une visite de plusieurs jours au Moyen-Orient. Cela lui a permis de rendre visite le Pakistan, les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite.

Cette fois-ci, pas d'enjeux militaires à l'ordre du jour. Au contraire, Steinmeier s'est considérablement rapproché des EAU (voir ici), un peu économiquement, et beaucoup politiquement. Les MAE se rencontreront désormais au moins une fois par an.

Le grand message de l'Allemagne est qu'elle souhaite de "s'occuper" du Pakistan. Il s'agit tout d'abord d'un soutien financier à court terme, et du soutien habituel contre les terroristes qui hantent le pays etc. Rien de nouveau sous le soleil? Peut-être pas.

1) Une stratégie d'envergure pour le Pakistan, c'est le credo de Barack Obama. Le candidat à la Maison Blanche soutient même des raids comme celui qui a été lancé en Syrie il y a quelques jours. En tout cas, il présente le conflit afghan comme indissociable de la situation pakistainaise, bien plus que McCain. Donc, c'est un rapprochement avec la position de Barack Obama - signe que la présidence lui est déjà acquise? En tout cas, il devra alors composer avec les allemands, s'ils sont déjà présents sur la scène pakistanaise.

2) Se rapprocher des EAU et de l'Arabie Saoudite, c'est renforcer les pays arabes sunnites qui se méfient le plus de l'Iran chiite. Les EAU cherchent toujours la présence occidentale, et si l'Allemagne se joint maintenant à ce groupe de nations, cella pourra avoir des retombées diplomatiques, mais aussi militaires (possibilités de contrats de défense formidables).

Donc, l'Allemagne a vraiment l'ambition de jouer un rôle incontournable au Moyen-Orient. C'est aussi la zone préférée de Steinmeier, où il noue des contacts depuis quelques années, lorsque sa présence est inopportune à Berlin. Mais si l'Allemagne souhaite se lancer dans la diplomatie au Moyen-Orient, je lui souhaite beaucoup de chance. Car c'est très pénible et compliqué. Si l'Allemagne parvient à devenir un acteur dans cette zone du globe, ce sera vraiment le retour de la puissance allemande sur la scène internationale, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. L'épreuve du feu?

Victor Fèvre

Publié dans Moyen-Orient

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clarisse 31/10/2008 13:24

Bonjour,
une "stratégie d'envergure pour le Pakistan" semble aussi la seule voie européenne pour sortir de l'impasse afghane, mais pas forcément comme l'envisagent les États-Unis (par la force et la démonstration de puissance).

Quelles sont les relations Allemagne/Inde ? Car "s'occuper du Pakistan" implique une action commune avec l'Inde, ce qui induit en corolaire une stratégie diplomatique d'arrière plan chinoise et russe… une véritable "sécurité en réseau" à construire, en effet.

Victor Fèvre 31/10/2008 16:26


Les relations allemandes avec l'Inde sont bonnes, mais sans plus. Début septembre dernier, le groupe de pays fournissant de la technologie nucléaire (NSG) a décidé de reprendre les exportations
vers l'Inde, avec des restrictions (notamment pas d'enrichissement d'uranium sur territoire indien) - l'Allemagne était avocat de cette position. Pourtant, c'est à l'Allemagne que l'Inde doit de
pouvoir participer au programme ITER de fusion nucléaire à Cadarache.

Il est regrettable en effet que l'Inde ne soit pas vue maintenant par l'Allemagne comme un élément nécessaire de la stabilisation de la région. Mais peut-être que ce sera encore le cas.

En ce qui concerne l'axe Moscou-Téhéran-Péking, il était plus fort il y a quelques années. Moscou porte moins d'attention au Moyen-Orient en ce moment - les événements en Géorgie nous le démontrent
bien - alors qu'auparavant, la Russie aidait activement l'Iran (programme nucléaire et contrats d'armement). Pareil pour la Chine. Elle perd intérêt à l'Iran et se concentre de plus en plus sur
l'Afrique. C'est pourquoi l'Iran tente maintenant de sortir de son isolation par tous les moyens qui sont à sa disposition, entre autres la "solidarité pan-chiite", même si ce n'est pas l'objectif
de leur diplomatie (cf. DefNat août-septembre 08).

VF