Il faut rassurer la Russie !

Publié le par Victor Fèvre


Il faut absolument que je vous signale un article très intéressant par Jan Techau, membre entre autres de la "Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik" (DGAP) sur la Russie.


Il dit plusieurs choses très intelligentes. Voici une petite analyse:

1) La politique russe n'a finalement pas tant changée. Soit. Mais il s'agit pour lui essentiellement de la peur existentielle d'encerclement, que la Russie tente désespérément de contrer.

2) La Russie mène une politique à somme nulle. Si quelqu'un gagne sur un terrain, un autre y perd. C'est tout le contraire de la politique européenne, qui veut une politique étrangère à somme positive (gagnant-gagnant).

3) La Russie a le pouvoir de diviser l'Europe. Elle peut très rapidement déclencher le réflexe de peur dans les Pays Baltes et ceux d'Europe centrale, en jouant notamment sur l'approvisionnement et la distribution de gaz. Donc, la Russie décide si l'UE peut décider à l'unanimité...

4) La Russie a des moyens d'actions stratégiques et opératifs: des forces conventionnelles énormes, protégées par un bouclier nucléaire. De plus, la Russie peut mobiliser ses minorités (Abkhazie, Ossétie du Sud et bientôt la Crimée...)

5) Cela explique toutes les provocations russes: coupures d'approvisionnement en gaz de plusieurs pays européens, embargo contre la viande polonaise, violations répétées de l'espace aérien norvégien, cyber-attaque sur l'Estonie après l'affaire du monument au soldat soviétique, vente d'armes à n'importe qui, obstruction des sanctions contre l'Iran...

L'auteur préconise une politique de longue haleine, pas de réaction trop rapide et inefficace car la Russie gagnera, visant à rassurer la Russie. L'auteur salue ici la politique du Président Sarkozy.
Toutefois, il ne faut pas être naif et il est également vital de diversifier ses sources d'énergie, et de dissocier la fonction de fournisseur et producteur d'énergie. Diminuer aussi le rôle de North Stream et d'inclure la Pologne dans l'oléoduc.

J'ajouterai qu'il faut se pencher également sur la personnalité de Poutine pour comprendre la politique russe. Il a été formaté par ses années de service au KGB, il est donc un héritier direct de la guerre froide. Pas de surprise de ce côté-là.
Mais donc, je ne pense pas qu'il mène une vraie "politique" impérialiste. Il cherche à chaque fois un avantage direct (à relier avec l'idée de la politique à somme nulle). Avantage qui peut être personnel. Même si Eltsine était corrompu, Poutine (et Medvedev) l'est aussi! La population russe ne le remarque pas car elle a l'impression que grâce à Poutine, la Russie a retrouvé son prestige d'antan, mais il y aura un moment où elle s'apercevra à quel point le capital provenant de ses sources d'hydrocarbures sibériennes est concentré à Moscou.
Dans un autre registre, je veux voir ce que va donner la province septentrionale de l'Amour. La Chine a déjà colonisé le terrain économiquement - mais Moscou ne voudra pas abandonner le territoire revendiqué de longue date par Péking.

Victor Fèvre

Publié dans Russie

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